mardi 17 novembre 2020

La newsletter de l'AAEFMN N°1 novembre 2020

 

L’AAEFMN vous informe


Comité éditorial : J.L. Adam, N. Bertholom, F. Didelot, J. Even, N. Holweck, M. Schmitt.

Editorial

A tous les membres de l’Association des Anciens Étudiants de la Faculté de Médecine de Nancy

 

Par votre adhésion lors de ces dernières années vous avez montré votre attachement à notre association. Beaucoup d’entre vous ont pu participer à nos actions et nous avions établi un programme en accord avec nos objectifs. Malheureusement la première puis la deuxième vague pandémique avec les confinements nécessaires ne nous ont pas permis de mener à bien nos différentes réunions.

Nous devons apprendre à vivre avec le virus pendant quelques mois encore et il est impossible de prévoir un futur programme.

Prenant en considération cette situation le Conseil d’Administration a souhaité, pour conserver un lien avec les membres, vous adresser une lettre d’informations toutes les 4 à 6 semaines

Grace à l’activité de notre secrétaire et de plusieurs membres du CA nous avons le plaisir de vous adresser le premier Numéro.

Celui-ci est certainement très imparfait et nous comptons beaucoup sur vos retours pour l’améliorer et éventuellement en faire dans le futur une action permanente.

Pour cela n’hésitez pas à nous faire parvenir des articles ou des textes en conformité avec nos statuts et que vous imaginez utiles à nos adhérents ; n’hésitez pas à nous formuler vos commentaires et critiques.

Vous trouverez dans ce numéro le mode d’emploi pour cette participation.

 

Merci d’avance de l’intérêt que vous manifesterez pour ce courriel et du soutien que vous nous apporterez par vos réactions.

 

Bien cordialement

 

M.SCHMITT

 

Sommaire

1.    1 COVID :

-       Interviews d’étudiants de la FAC

-       Journal de bord

-       TGV sanitaire Opération Chardon

-       Actualités Grand Est COVID

2.    Culture

-       Lunéville

3.    Santé

-       Exosquelettes

-       Rééducation olfactive

4.    Mode d’emploi

5.    Vos réactions

 

1.  COVID

-       Interviews d’étudiants de la Faculté de médecine NANCY « journal de la faculté dans l’épidémie » 04-2020

Interview d’un étudiant en FASM1 sur le terrain

Comment avez-vous accueilli les mesures de confinement suite au Covid-19 ? Le confinement me paraissait être une suite logique aux événements que nous avons pu observer dans des pays comme l’Italie ou l’Espagne. C’était selon moi une bonne chose pour limiter la propagation du virus. Chacun doit faire des efforts de son côté, quitte à bousculer ses habitudes de vie.

Dans quel établissement/service travaillez-vous ? Je travaille en réanimation médicale au CHU de Brabois

Qui vous a contacté et pour faire quoi ? (volume horaire, rémunération, ...) Audrey Mougel, notre élue étudiante, m’a contacté au début du mois de Mars pour savoir si j’étais éventuellement disponible pour faire partie d’une équipe de volontaire en Réanimation au CHU de Brabois. Notre rôle consiste à aider les médecins et infirmiers à mettre les patients en Décubitus Ventral et Dorsal, et surveiller l’adaptation cardiaque et respiratoire des patients à ce changement. Ma journée type s’étend de 10h à 16h. Ce travail n’est pas rémunéré et est basé sur le principe du volontariat.

Pouvez-vous nous raconter comment se passe votre temps de travail à l'hôpital (qualité des soins, considération des patients, relation avec vos collègues, missions...) ?Chaque professionnel de santé travaillant en réanimation fait de son mieux pour accélérer la récupération des patients atteints du coronavirus, à l’aide de soins pertinents et personnalisés en fonctions des différentes comorbidités. Les patients bénéficient de toute l’attention et de la surveillance nécessaire. En ce qui concerne mon équipe, nous nous soutenons les uns les autres pour tirer le meilleur de nous-mêmes face à des situations qui sont parfois difficiles à vivre moralement. Le fait qu’avec mes collègues (qui pour certains sont externes, internes, chef de clinique voire professeur dans leur spécialité) nous exécutons les mêmes tâches, est vraiment beau à voir. Peu importe notre niveau, nous sommes tous sur un pied d’égalité.

Vous attendiez-vous à devoir venir en aide à vos homologues professionnels ? Je me doutais que si l’épidémie continuait à prendre de l’ampleur, j’allais être amené à aider dans les différents services du CHU. J’espérais pouvoir me rendre utile dans ce genre de situation

Quelles sont les conséquences de votre mobilisation sur votre vocation? Voir à quel point le rôle d’un soignant peut être important et utile me conforte encore plus dans l’idée que je m’étais faite de la médecine, qui est une réelle vocation pour moi. Voir une telle mobilisation de la part de tous les soignants d’un pays pour une même cause est à la fois spectaculaire et touchant.

Parvenez-vous à étudier en dehors de vos heures à l'hôpital? Mes horaires me permettent d’étudier quelques heures en rentrant de l’hôpital, mais bien moins que la plupart des étudiants de ma promotion qui eux étudient à temps plein à cette période du semestre. De plus, l’ambiance générale créée autour de cette pandémie a un franc impact sur mes capacités de concentration. Quand je rentre le soir après avoir passé ma journée en réanimation avec certains patients entre la vie et la mort, certaines images ont du mal à s’effacer de ma mémoire et les révisions ne sont alors plus ma principale préoccupation. Cette crise sanitaire a-t-elle des conséquences sur votre vie familiale ?Depuis le début du confinement, je ne rends plus visite ni à mes parents, ni à mes grands-parents par peur de les contaminer, d’autant plus après avoir côtoyé des patients infectés. Cette épidémie a forcément un impact sur notre vie de famille qu’il faut mettre entre parenthèse si nous voulons protéger nos proches.

Quel est votre état d'esprit actuel ? J’espère de tout cœur que les mesures de confinement suffiront à réduire la propagation du virus. De mon côté, j’essaye de m’investir du mieux que je peux à travers la mission qui m’a été confié à l’hôpital.

Interview d’une étudiante en FASM2 sur le terrain

Comment avez-vous accueilli les mesures de confinement suite au Covid-19 ? C'était une mesure que j'attendais, c'est la seule solution pour enrayer l'épidémie.

Dans quel établissement/service travaillez-vous ? Je suis à la régulation des appels dans le cellule de crise CoVid - 19, à l'hôpital Central.

Qui vous a contacté et pour faire quoi ? (volume horaire, rémunération, ...) Nous avons reçu un mail de la faculté, pour nous inscrire sur des créneaux de 5h, rémunérés à hauteur d'une demie garde (20€).

Pouvez-vous nous raconter comment se passe votre temps de travail à l'hôpital (qualité des soins, considération des patients, relation avec vos collègues, missions...) ? Au début, notre mission a été de répondre aux appels orientation CoVid, et en fonction de la situation de les rediriger vers le médecin, ou de répondre à leur question, transmettre la marche à suivre. Une autre mission nous a été confiée très récemment en plus de l'autre ; c'est de coordonner tous les lits de réanimation disponibles dans la "région Lorraine". Nous mettons en relations les médecins qui souhaitent effectuer des transferts, et tenons à jour le listing précis de tous les lits disponibles. Le personnel du SAMU a vraiment été très accueillant, ils sont là pour nous si nous avons besoin, et on ne se sent pas abandonné.

Vous attendiez-vous à devoir venir en aide à vos homologues professionnels ? Je m'y attendais effectivement, mais je me demandais quel serait notre rôle, parce que bien que nous ayons certaines équivalences avec notre diplôme, ce sont des professions totalement différentes, et où on ne peut pas improviser.

Quelles sont les conséquences de votre mobilisation sur votre vocation ? Depuis toute petite, j'ai voulu devenir médecin. Et je peux dire que ma vocation n'a jamais été aussi forte. Je me sens vraiment utile, et je sens que je suis à ma place.

Parvenez-vous à étudier en dehors de vos heures à l'hôpital ? Depuis le début du confinement, il est devenu très difficile pour moi de me concentrer pour étudier. On va dire que l'ambiance n'est pas très propice au travail.

Cette crise sanitaire a-t-elle des conséquences sur votre vie familiale ? Ma famille habite à 100 km de Nancy, et je suis donc confinée seule dans mon appartement à Vandoeuvre-lès-Nancy. Ce n'est pas toujours facile, mais on s'appelle régulièrement. Ils ont une santé assez fragile, et je m'inquiète beaucoup pour eux.

Quel est votre état d'esprit actuel ?Je suis heureuse qu'on nous fasse confiance ainsi pour gérer des situations aussi importantes. Je suis fière d'apporter ma pierre à l'édifice, tout en espérant bien sûr que cette situation de durera pas. La situation de crise actuelle implique que des patients sont refusés en réanimation, que des patients restent à domicile ; ce sont des décisions très dures à entendre.

Non, je n’ai pas de spécialisation pour le moment, je compte sur les stages. J’attends de découvrir, j’espère pouvoir faire un choix réfléchi et éclairé.

Interview de deux étudiantes en 3e année de DES de Médecine Générale

Comment êtes-vous impliquées dans le secteur médical face au virus ? (Quel service, spécialité, êtes-vous volontaire ou réquisitionné, ...)Je suis en stage SASPAS, je ne suis pas réquisitionnée à l'hôpital pour l'instant car j'ai un rôle de premier recours en médecine générale ambulatoire.

Vos rapports avec vos patients ont-ils changé avec l'apparition du virus et la mesure de confinement ? (Nouvelle communication, écoute plus personnalisée, téléconsultation, plage horaire adaptée etc.)Oui sans aucun doute. Nous avons dû apprendre à nous adapter et à organiser nos consultations. La majorité d'entre elles sont réalisées en téléconsultation. Il faut alors s'approprier l'outil et apprendre à communiquer avec le patient à distance, sans examen clinique. Pour les patients que nous décidons de voir au cabinet, nous avons dû réorganiser la salle d'attente, ainsi que les plages horaires pour réserver les créneaux "infectieux" en fin de journée par exemple.

Sentez-vous un changement de comportement chez vos patients face au virus ? L'ambiance est particulière, on peut ressentir une certaine "tension" chez les gens. Je trouve que cette situation confirme les personnalités de nos patients. Les anxieux paniquent, les laxistes réclament des arrêts de travail, certains confirment une part d'agressivité mais heureusement la plupart font preuve de solidarité en apportant des masques au cabinet par exemple, ou en nous remerciant dans la rue.

Disposez-vous d'assez de matériel de protection ? (Masque, gant, blouse etc.) Comment sont-ils distribués ? Nous disposons de masques chirurgicaux ou FFP2 en quantité limitée. Nous consultons avec nos blouses personnelles que nous lavons le soir chez nous. Malheureusement il nous manque des surblouses. Nous pouvons, selon nos matériels personnels, nous équiper de lunettes de protection. Mais nous n'avons ni charlotte, ni sur chaussures.

Comment gérez-vous la pression, le stress que peut engendrer votre pratique professionnelle ? C'est évident qu'il existe une certaine anxiété par rapport à notre santé car nous prenons des risques, mais je crois que la pression la plus difficile à gérer est celle de nos proches qui s'inquiètent beaucoup pour nous.

Quelle organisation avez-vous mis en place pour étudier, travailler et garder un lien avec vos proches ? Cela est-il gérable pour vous ou rencontrez-vous des difficultés ? Il faut avouer que la situation n'est pas vraiment propice pour continuer à étudier nos thématiques de médecine générale ou pour rédiger une thèse. Mais on se renseigne beaucoup sur le virus alors ça fait quand même partie de la formation continue. Pour garder contact avec la famille ou les amis, on communique énormément par téléphone ou Skype. On se donne même beaucoup plus de nouvelles qu'avant ! Il faut trouver du positif partout. Pour l'instant ça va, le moral est bon, et les ressources ne sont pas épuisées, mais cela ne fait que 3 semaines !

Interview de Laura, étudiante en formation continue en Master IS

Pouvez-vous nous décrire vos études ? Vers quel métier souhaitez-vous vous orienter ? Infirmière depuis 2013, j’ai réalisé six années d’exercice au CHRU de Nancy qui m’ont permis d’enrichir au fur et à mesure mon expérience professionnelle et également de développer mes valeurs de la promotion de la santé. C’est alors qu’est née l'ambition de devenir ergonome de la santé au travail. J’ai ainsi effectué des démarches pour entrer en « congé de formation professionnelle » afin d’intégrer le Master Biosciences et Ingénierie de la Santé, parcours Ergonomie et Physiologie du Travail, dirigé par Céline Huselstein à la faculté de Médecine qui s’est parfaitement inscrit dans la suite logique de mon cursus. Après avoir validé ma première année en 2018/19, je poursuis actuellement le Master 2 qui nécessite de réaliser une période de stage de 6 mois. Ainsi, le 27 janvier j’ai intégré l’EHPAD Poincaré à Bouxières-aux-Dames pour accompagner les professionnels dans la démarche TMS PRO. Mon stage se déroulait normalement jusqu’à ce que le COVID-19, grandissant progressivement, perturbe toute l’organisation de celui-ci.

Pourquoi avoir interrompu votre stage ? Cela aura-t-il un impact sur votre master ? Mon stage a ainsi été interrompu le 16 mars à la suite des recommandations du président de l’Université de Lorraine invitant tous les étudiants à faire du télétravail dans la mesure du possible. Puis, le lendemain, l’allocution du président Emmanuel Macron a donné l’ordre du confinement de tous les citoyens posant officiellement les directives à prendre face au COVID-19. Cette interruption de stage a permis de travailler quelques temps à la maison avec les informations que j’avais pu récolter sur le terrain, or j’ai été très vite rappelée par le CHRU de Nancy, mon employeur, pour me réquisitionner. Des échanges réguliers par mail avec la responsable du Master ont permis de clarifier la situation actuelle et de maintenir un lien pédagogique. J’ai pu remplir un avenant, garantissant la poursuite du stage dès que cela sera possible. Evidemment personne ne sait encore à ce jour quand nous, étudiants, pourrons regagner notre stage et également dans quelles conditions ? J’espère bien reprendre mon stage après cette crise sanitaire et il est fortement probable que cela engendre un décalage pour la période de stage, la remise du rapport et du diplôme.

Etes-vous rémunérée ou est-ce du bénévolat ? Dans le cadre de ma reconversion, je reste employée par le CHRU de Nancy, ainsi je perçois mon salaire d’infirmière depuis ma réquisition. Le CHRU a mobilisé tous les agents pour les mettre à disposition dans les services où les besoins sont grands et pour limiter l’épuisement des équipes soignantes afin de lutter au mieux contre le COVID-19.

Qu'est-ce qui vous pousse à prêter main forte au CHRU ? Dans quel service travaillez-vous ? La réquisition faisant parti du plan blanc, les agents doivent se rendre disponible pour faire face à cet état d’urgence. La direction des soins m’a affecté en chirurgie. Ainsi, je ne travaille pas dans une unité réservée aux patients atteints de COVID-19 mais je reste exposée malgré tout au virus car les patients peuvent être asymptomatiques et donc porteurs sains.

En quoi votre formation d'IDE est un plus pour vous aujourd'hui ? Ma formation d’infirmière est sans aucun doute une précieuse compétence pour faire face à cette crise au quotidien. Notamment sur les règles d’hygiène de base comme les bonnes réalisations de lavage de mains, les conditions du port des gants mais aussi de masques. Mon expérience en tant qu’infirmière secours centralisée m’a permis de faire plusieurs spécialités de chirurgies au fur et à mesure de mes missions, ainsi j’ai pu vite m’adapter dans le secteur où j’ai été affectée.

Vous sentez-vous bien accompagnée durant cette crise sanitaire au niveau professionnel ? Lorsque la direction m’a appelé pour me réquisitionner, j’ai été simplement informée sur mon affectation sans m’en expliquer davantage. J’ai alors pris contact avec la hiérarchie référente du service qui n’était pas au courant de mon arrivée. Malgré cette situation de crise, j’ai été doublée par une infirmière pendant une semaine avant de pouvoir exercer en autonomie. J’ai pu ainsi apprivoiser la spécialité du service et ces aspects administratifs, organisationnels et techniques. Cependant, beaucoup de questions restent sans réponses notamment sur l’organisation du CHRU (individuelle et collective) autour de cette crise. Combien de temps vais-je être réquisitionnée et vais-je être mobilisée dans une autre unité ? Qu’en est-il du stock des masques et du savon hydro alcoolique ? Quelles sont les recommandations pour le port des équipements de protection individuelles face à des patients suspectés COVID, avérés ou asymptomatiques ? Serons-nous dépistés ? Quelles sont les restructurations et les aménagements des services du CHRU depuis la crise ? C’est un vrai tsunami qui a bousculé toute l’organisation des services du CHRU pour faire face au COVID-19. Face à cet état d’urgence il faut faire au mieux pour s’adapter au service, faire preuve de bon sens et de logique mais aussi de sang froid pour préserver la qualité des soins tout en nous protégeant, pour notre propre santé, mais aussi pour ne pas véhiculer le coronavirus aux patients les plus fragiles.

Interview de Céline, étudiante du 3e cycle C. V. est interne en 7ème semestre de radiologie. Avant le début de l’épidémie elle était affectée dans le service d’imagerie Guilloz du Professeur Alain Blum à l’hôpital Central à Nancy. Ce service a au moins 50 % de son activité orientée vers l’ambulatoire ainsi l’équipe a observé dès les premières mesures de confinement une baisse significative du nombre d’examen réalisé avec essentiellement une activité orientée vers le service des urgences. Avant le début de la crise sanitaire, ce sont 12 internes qui étaient affiliés dans ce service or la baisse d’activité ne nécessitait de mobiliser que 4 internes par jour. Ainsi, dans ces conditions et devant l’appel à la mobilisation générale lancé par l’ISNI et l’AMIN, Céline s’est portée volontaire pour aider l’hôpital Bel Air de Thionville qui se trouvait en plein cœur de l’épidémie avec des ressources humaines très limitées.

Pouvez-vous nous raconter le déroulé de vos journées ? J’ai été affecté à une unité de Covid dite de « post cohorting ». Il s’agissait de prendre en charge des patients ayant une infection avérée par le Coronavirus suffisamment grave pour nécessiter une surveillance en secteur hospitalier mais ne nécessitant toutefois pas de soin intensif de type réanimation. J’y ai travaillé pendant 3 semaines consécutives. Nous étions 6 internes à tourner dans ce service, regroupant 22 patients, de jour comme de nuit en plus de nos gardes effectuées dans nos services initiaux, pour ma part dans les services de radiologie à l’hôpital central et à l’hôpital d’enfant à Nancy. La journée, il s’agissait de prendre en charge les 22 patients du service comme dans un service conventionnel. Nous étions chargés d’effectuer les entrées des patients, de réévaluer certains traitements et surtout de les surveiller sur le plan respiratoire et de prendre en charge leurs décompensations car les personnes hospitalisées étaient pour la plupart des personnes fragiles avec de multiples antécédents médicaux. La difficulté majeure à laquelle nous devions faire face était la communication avec les familles, pour la plupart très inquiètes, qui ne pouvaient pas rendre visites à leurs proches hospitalisés et très demandeuses d’information, avec des réponses que nous n’avions pas toujours face à ce virus que nous découvrions aussi. La nuit nous étions seuls de garde avec un médecin sénior pour l’ensemble des patients dits « Covid de l'hôpital » soit un total de 3 services de 20 à 25 patients chacun. Il s’agissait alors essentiellement d’effectuer des entrées quand nous avions de la place et de gérer les urgences, souvent nombreuses car les patients étaient pour la plupart très instables et précaires sur le plan respiratoire.

Comment cette expérience a-t-elle pu vous transformer ? Ces 3 semaines passées au cœur de l’épidémie ont été éprouvantes aussi bien physiquement (avec un enchainement de nombreuses gardes) que moralement. Nous étions plutôt démunis et paradoxalement passifs dans le soin face à cette épidémie avec peu de ressource thérapeutique efficace hormis la mise en place d’une oxygénothérapie. Nous avons également dû faire face à un nombre considérable de décès. Un matin lors de la visite j’ai constaté 3 décès dans des chambres successives qui été survenus en fin de nuit. Je n’ai pas une grande expérience des services médicaux du fait de ma spécialité (radiologie) et j’ai été très marqué par cette proximité immédiate avec la mort. Néanmoins, au sein du chaos, j’ai observé une grande capacité d’adaptation de notre système de santé avec beaucoup d’entraide et de bienveillance de la part du personnel soignant aussi bien médical que paramédical avec une grande adaptation de chacun venant pourtant d’horizons bien différents et ne se connaissant pas pour la plupart (interne de radiologie ou d’endocrinologie, médecin sénior chirurgien ou dermatologue, aide-soignante de bloc opératoire, infirmière de consultation…).

Personnellement, comment allez-vous ? Même si cela a été difficile je suis heureuse d’avoir pu apporter ma pierre à l’édifice et d’avoir pu aider à mon échelle à faire face à cette épidémie. Malheureusement, comme beaucoup de personnels soignants et malgré toutes les précautions prises dans le service je suis tombée malade et j’ai été testée positive au Covid 19, heureusement rien de grave, seulement une perte du goût et de l’odorat, mais dans ces conditions je suis confinée chez moi et astreinte à quelques jours de repos.

 Interview de Sophie, étudiante du 3e cycle Sophie est interne de maladies infectieuses, en réanimation à Mercy.

Votre relation au patient et sa prise en charge a-t-elle évoluée ? Ma relation au patient, en soi n’a pas tant changé car je pense que c’est important de ne pas se laisser envahir par la situation et leur offrir le même degré d’empathie, d’information, et de soins qu’en temps « normal ». Je suis contente d’avoir pu garder ce cap. En revanche, le fait qu’on traite des patients qui ont entendu parler pendant des semaines du fameux virus dans les médias, qui ont parfois vu leurs proches tomber malade voire décéder, et ce climat angoissant, c’est parfois plus compliqué à gérer. On voit et on ressent l’angoisse de ces patients, probablement aussi exacerbée par les multiples précautions qu’on doit prendre pour nous protéger nous-mêmes. C’est très difficile de les rassurer quand nous-mêmes n’avons aucune certitude quant à leur évolution à court terme, de sentir leur peur de mourir, de laisser leurs proches derrière eux. C’est aussi très difficile, à mon point de vue, d’endormir les gens et de les intuber dans ces conditions, sans pouvoir leur affirmer qu’ils se réveilleront, alors que leur famille ne peut plus leur rendre visite. On se projette mine de rien, on pense à nos proches… je crois qu’on se sent tous très impliqués humainement dans cette crise.

À titre personnel, quels enseignements pensez-vous retirer de cette pandémie ? Il y a plusieurs enseignements que je tire de tout ça. D’une part, ça a renforcé ma capacité à communiquer tant avec les patients qu’avec les familles, et ce dans des circonstances où on ne maitrise vraiment pas la maladie, donc on n’a pas de réponses toutes faites. Quelque part, on les accompagne dans ce moment si singulier. Ce qu’on fait d’ailleurs en temps normal, mais avec cette pandémie, rien n’est exactement pareil. J’ai aussi appris en tombant de haut, comme tout le monde, que vivre une telle crise, à notre époque, dans notre pays, c’était possible. Et que donc nos certitudes peuvent être balayées du jour au lendemain, nous imposant de rapidement s’adapter. Mais j’ai aussi découvert que c’est l’organisation entre les soignants, leur réactivité, l’abnégation de certains qui se sont portés volontaires et ont assumé des positions de leader dans la crise en nous guidant, qui a permis que malgré les circonstances terribles, l’offre de soins tienne. Tout le monde a mis la main à la pâte, il y a eu une entraide incroyable, et les efforts n’ont pas été gaspillés parce que nous avons été guidés. C’est encourageant de voir que malgré un système de soins décrié, des grèves et des manifestations, les personnes, n’ont pas perdu totalement espoir et sont capables de trouver encore l’énergie de se battre pour l’intérêt commun. C’est donc une leçon d’humilité et de foi en notre humanité.

À quoi ressemble votre quotidien ? Mon quotidien est finalement peu différent de « l’avant pandémie ». Le cœur de métier reste le même, on fait une visite le matin, on prescrit des examens, on récupère les résultats, et on règle les problèmes qui peuvent survenir avant de transmettre les informations de la journée aux médecins de garde pour la nuit. Par contre, rester des heures en tenue de protection, c’est très désagréable, de même que se déshabiller et se rhabiller en permanence, ça prend du temps et demande de la vigilance pour ne pas se contaminer. De même, nous devons accompagner les patients lors des transferts ou des examens de radiologie, et le fait de devoir le faire selon des conditions d’hygiène strictes, c’est beaucoup plus astreignant. Nous avons également dû tripler nos effectifs de garde d’internes, donc la fatigue commence à se faire sentir. Même si nous sommes tous soulagés de pouvoir venir travailler, être utiles, continuer nos vies presque normalement, quand nous sortons de l’hôpital, nous sommes comme tout le monde, confinés. Donc c’est pesant de travailler autant, et de ne pas pouvoir se détendre comme on l’aurait fait avant la crise et le confinement, évidemment. On baigne dans le COVID 24h/24h, on ne peut pas y échapper ! Tout nous le rappelle : la télé, la radio, les dérogations de sortie, l’impossibilité de voir nos familles, qu’on ne voudrait de toute façon surtout pas contaminer.

Vous pouvez retrouver les témoignages précédents ici (https://www.mediapart.fr/journal/dossier/france/face-lepidemie-le-journal-de-bord-des-internes).

-       TGV sanitaire Opération Chardon

 




-       Actualités Grand Est COVID

En cliquant sur les liens ci-dessous retrouvez l’actualité Grand Est COVID :

https://www.grand-est.ars.sante.fr/tableau-de-bord-surveillance-epidemiologique-en-grand-est-au-13-novembre-2020

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2.  Culture

-       La renaissance du « Versailles lorrain » Paula Boyer, publié dans LA CROIX 31 octobre 2020